"A
la recherche des chats perdus."
un jour en 1998 (long, long ago, in a far away galaxy)
Chapitre 2
Les songes de Loo-Luna furent hantés par visions chaotiques et floues.
Les images et sonorités du groupe de musicomanes terranophiles de la veille
se superposèrent avec le visage d'Inithil. Loo-Luna resta un long moment
dans la pénombre, suspendue entre sommeil et éveil, emberlificotée
dans les draps et ses vêtements de voyage. Les vestiges du rêve dansaient
une sarabande sans queue ni tête dans son entendement.
Elle émergea péniblement,
entreprit de se débarasser de son mauvais déguisement de nomade
du désert et parvint à atteindre le bassin. S'y glissa et se laissa
aller. Fit le vide.
Les pièces éparses
de son cerveau finirent par retrouver leurs places respectives, avec plus ou moins
de bonne volonté. En quelques mouvements et exercices, son corps finit
par faire de même, non là encore sans réticences. Enfin redevenue
elle-même, Loo s'autorisa quelques moments de calme dans l'eau tiède
et l'ombre fraîche.
Il lui vint bientôt
à l'esprit que, n'étant plus une princesse, il ne fallait pas compter
sur le petit personnel pour lui amener vêtements, petit-déjeuner
et nécessaire de beauté, comme il sied à une personne de
son rang. Elle se résolut donc à devoir s'en occuper par elle-même,
non sans un soupir nostalgique. Le miroir lui renvoya l'image d'une Eylwen à
la peau pâle et nacrée et aux cheveux d'argent; l'ombre donnait à
ses yeux magenta des reflets pourpres. Elle crut voir un léger défaut,
avant d'apercevoir un court glyphe lumineux dans un des coins supérieurs.
"Message?", murmura-t-elle.
Instantanément, une
partie du miroir renvoya l'image de Turlan; elle sauta en arrière, surprise.
"Turlan? Qu'est-ce que vous..."
"Lensil, Loo-Luna de
Lleniel. Si vous recevez ce message avant d'avoir mangé, je vous propose
de déjeuner avec moi, à la taverne de la bilbliothèque."
Un message visuel.. Elle connaissait, mais avait toujours du mal à s'y
faire. Un plan apparut, indiquant la position de l'endroit. Turlan lui laissa
aussi les coordonnées de son communicateur personnel. Elle nota le tout
mentalement.
En admettant qu'elle ait
pu se perdre, à peu près la moitié des personnes croisées
s'étaient déclarées volontaires pour l'accompagner. À
cette heure de la journée, l'Université était plutôt
bondée. Loo les en remercia poliment, mais parvint seule à la taverne.
Le bâtiment de la
Bibliothèque contrastait fortement d'avec les autres logements alentours:
il était plus grand, plus massif et plus décoré. Il était
plus ancien, aussi. Les armes de tous les clans fondateurs d'Eokard, avait-elle
lu, étaient figurées dans la grande frise qui courait sur tout le
pourtour du mur extérieur. Elle se demanda un instant si elle en reconnaîtrait,
mais se ravisa. Les Bellisandre étaient partis après; après
tout le monde...
Dans une des tourelles,
la taverne n'en avait que le nom; c'était une grande salle presqu'entièrement
vitrée, où seuls une poignée de jeunes Eyldar et Atlani mangeaient,
buvaient ou discutaient tranquillement. Turlan était assis près
d'une fenêtre, sa grande silhouette penchée sur un lutrin de table
où reposait un tome conséquent.
-- "Lensil..."
-- "Lensil, Loo-Luna. J'en conclus que vous avez eu mon message. Avez-vous mangé?"
-- "Pas encore."
Turlan adressa trois signes rapides et un sourire à un jeune Atalen à un bout du grand comptoir; celui-ci acquiesca et disparut en cuisine.
-- "Votre nom n'est pas courant."
-- "Pardon?..." Loo-Luna ne s'attendait pas à ce genre d'entrée en matière.
Turlan sourit. "De-Lleniel,
n'est-ce pas? La généalogie est un peu mon sport préféré.
Moins dangereux que le talgontalan, surtout à mon âge..."
-- "Euh, oui, enfin, non. Je suppose..."
-- "Je jetterai un
coup d'oeil... Mais ce n'est pas ce pour quoi vous êtes là, n'est-ce
pas. Il y a ces allées et venues..."
Loo-Luna regarda Turlan.
À la mention de son nom de famille, elle avait glissé sans s'en
rendre compte hors de la réalité, dans des pensées d'un autre
âge. Le vieil homme ne s'en était pas aperçu et était
parti dans une longue explication.
-- "... et quand on
arrive, rien n'a bougé! Ah! Je le saurais, ce sont là où
sont les ouvrages les plus précieux..."
Un instant elle fut contente
qu'il changeât de sujet, même si elle aurait aimé en savoir
plus.
-- "... et tout ça
sans que rien ni personne ne remarque sur le moment quoi que ce soit. Enfin, quoi!
Les Archives royales, on n'y rentre pas comme dans des thermes, non? C'est gardé,
et pas qu'un peu. Et je les connais, les gardes: des braves types, gentils mais
pas coulants.
"Je crains qu'il n'y
ait de l'Arcane là-dessous. Eh, si je vous disais: rien que ces vingt dernières
années, combien on en a renvoyé de ces fouineurs... Des charters
entiers vers Copacabana!"
-- "Copacabana?..."
-- "Oui, vous savez bien, ces petits fouineurs de la Rose de... De quoi déjà?"
-- "De Mars?"
-- "Oui, c'est ça... Vous connaissez?"
Elle sourit "Un peu, oui... Les voleurs d'archives. J'en ai discuté avec eux il n'y a pas longtemps."
-- "Ah! Elle m'en a
parlé. Ça fait depuis qu'ils existent qu'elle en discute avec eux,
m'a-t-elle dit... Tros pressés. Trop terriens..."
Loo réfléchit.
Le serveur profita de la pause pour apporter un large plateau: thés et
épices, un assortiment de brioches à la canelle, quelques fruits
frais et une galette fumante à côté d'un pot de miel. Les
odeurs combinées suffirent à mettre son estomac au bord de la rébellion
ouverte, elle entreprit donc de calmer les esprits révolutionnaires.
Ce qui ne l'empêcha
pas -- car c'était une femme de tête avant d'être une femme
d'estomac -- de penser que quelque chose ne collait pas dans l'histoire...
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