"A
la recherche des chats perdus"
un jour en 1998 (un mot: vieux!)
Chapitre 4
-- "Je suis désolée pour le livre..."
Turlan contempla l'ouvrage, qui était orné d'incrustations supplémentaires, quoique peu esthétiques.
-- "Ce n'est pas grave, c'est la mule."
Il dut sentir qu'elle allait
poser la question et continua: "C'est un ouvrage que l'on a fabriqué
avec des restes disparates. On l'emploie pour l'apprentissage des imagiers-archivistes
qui utilisent le réplicateur, une compilation des pires difficultés."
Il eut un bref rire. "Considérez votre geste comme l'ajout d'une difficulté
supplémentaire..."
Le secteur étant
envahi par une horde d'enquêteurs de la sécurité, les deux
s'étaient rapatriés vers une loge plus calme. Loo-Luna avait rangé
son épée, repris ses esprits. Et du thé, aussi. La tension
était retombée.
-- "Au fait, c'était
quoi, ces... vers?", demanda-t-elle.
-- "Hmm... je ne suis
pas un expert en ce genre de choses, mais je dirais que ça ressemble à
des éléments de robotique."
-- "Un golem technologique?"
Turlan sourit. En eyldarin,
les deux expressions étaient similaires.
-- "Quelque chose comme
ça, oui. Mais ne vous inquiétez donc pas, on a des gens qui peuvent
se charger d'analyser les restes. Ils ne devraient pas tarder à nous en
dire plus sur cette construction curieuse. Peut-être un nouveau moyen pour
retranscrire les ouvrages, plus discret que le vol pur et simple: il me semble
avoir vu quelque chose qui ressemblait à un capteur optique."
Assomée par le reflux
d'adrénaline et quelque peu dépassée par le côté
technologique, Loo-Luna enregistra la dernière expression sous le vocable
voisin de <<oeil artificiel>>. Elle acquiesca mollement.
-- "Oh, au fait...",
continua-t-il.
Loo-Luna regarda le vieil
homme, surprise.
-- "Vous vous souvenez
lorsque je vous ai dit que votre nom n'était pas commun?" Cela ne
faisait pas deux heures, elle s'en souvenait. "Eh bien en fait ça
me disait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Maintenant je me souviens:
la Légende de l'Inithil!..."
La nouvelle réveilla
quelque peu Loo-Luna. Il y a certaines personnes chez qui l'expression "dresser
l'oreille" prend tout de suite une connotation spéciale...
-- "Oui, je l'ai lue,
mais on ne mentionne pas ce nom..."
-- "Ça dépend
des éditions. Je suis sûr de l'avoir vu au moins une fois. Ça
avait rapport avec un clan secouru par l'Intihil, ou influent à bord. Si
vous voulez, je peux vérifier."
-- "Euh, oui... Je
veux dire, volontiers, et..." Tout allait un peu vite. Loo-Luna réfléchit
à grande vitesse avant de se lancer: "... si vous pouviez aussi voir
pour le nom de Celebrin..."
-- "Quelqu'un de votre
famille, hein? Je vais voir."
-- "Merci... Turlan."
Elle avait du mal à s'habituer à la désuétude des
titres. "Avez-vous encore besoin de moi pour le moment?"
L'archiviste la regarda
un instant avant de répondre: "Non, non... Allez vous reposer un moment."
Il ajouta malicieusement, alors que Loo-Luna se dirigeait vers la sortie: "Je
pense que j'arriverai à vous faire retrouver, si jamais j'ai besoin de
vous..."
Loo-Luna trouva facilement
son chemin vers une terrasse. Elle se sentait un instinct de tournesol et avait
besoin d'une urgente cure de soleil. Après dix jours de voyage interstellaire,
les deux heures dans les sous-sols des archives s'étaient avérés
de trop. Un banc accueillant dans un océan de verdure lui eut tendu les
bras s'il en eût; elle s'y posa avec un soupir.
Un instant, elle se dit
qu'elle avait peut-être passé l'âge de courir après
des chimères dans des salles souterraines ou d'affronter des golems, fussent-ils
technologiques et minuscules, avec une épée. À la vérité,
le monde avait changé. Radicalement. Et pas elle.
Elle regarda, du haut de
son promontoire, Tara Eokardia s'étendre à perte de vue. Dans la
plaine, la ville ressemblait à un immense jardin d'où émergeaient
quelques tours, ça et là. La plupart des habitations étaient
plus ou moins souterraines, avait-elle lu.
Elle avait vu Copacabana,
une ville terrienne qui soudainement lui parut très lointaine, tant géographiquement
que culturellement; les immeubles y étaient immenses, surgissant dans un
désordre complet dans une cuvette au bord de la mer.
Elle avait aussi vu -- plus
brièvement -- Tor-en-Eythelyan, la capitale de la République Eyldarin,
Plus un parc avec des maisons dessus qu'une ville.
Elle avait vu aussi des
images d'autres cités de cet espace qu'on appelle la Sphère et dont
elle avait du mal à se représenter l'étendue.
Trop de chiffres, trop grands;
à ce niveau, ça ne voulait plus rien dire.
Et elle, dans tout ça?
Elle se saisit de la petite carte que Galadril lui avait remise. Ses "papiers
d'identité". Loo-Luna de Lleniel en résumé, en huit
centimètres sur cinq... Ce qu'elle était aux yeux de ce monde. Un
mot se démarquait: telandil.
-- "Toujours mieux
que rien", soupira-t-elle en rangeant la carte.
Se relevant lentement, elle
prit son courage à deux mains et se dirigea vers un terminal public, qu'elle
avait croisé en venant. Il était temps de faire son retour sur la
scène sociale.
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