Fragment
Premier
un jour en 1998 (y'a longtemps)
Avec le temps, Loo-Luna s'était bien aperçue qu'il
n'y avait aucun rapport entre celle qui avait été successivement
sa fille, puis son amante privilégiée et la petite Alphane qu'elle
avait sauvé des griffes de Déesse-sait-qui il n'y avait pas si longtemps.
Ou peut-être y avait-il
une ressemblance entre les deux, mais celle-ci ne passait pas le stade de la comparaison
entre une oeuvre d'art composée de main de maître et son reflet dans
une glace déformante. Elle avait d'ailleurs du mal à imaginer l'archétype
du constructeur de la glace en question.
Pour ainsi dire, passées les premières impressions avec la "petite"
(et une vague impression d'affection remanante, difficile à expliquer)
elle s'était aperçue à quel point son esprit lui paraissait
incompréhensible et si semblable à ces jeux de réflexion
consistant à reconstituer un objet précis à partir d'éléments
disparates.
Kyoshi était bien
cela pour elle, une jeune fille assez mignonne à l'esprit et au karma aussi
chamboulés que cela pouvait être. Cependant, elle ressemblait presque
à s'y méprendre à sa fille et avait su réveiller en
elle un instinct de vie, une envie qu'elle avait cru morte à partir du
moment où on l'avait extraite de cet antique caisson d'hibernation.
Et avant de partir, Loo
eut envie de faire quelque chose pour elle. Elles avaient passé deux soirées
entières à tout apprendre l'une de l'autre. Durant la première
journée, elles s'étaient racontées l'une à l'autre
--"un jeu destiné à nous préparer à cette nuit"
avait dit Loo à l'Alphane -- et l'Areylwen avait ressenti son appréhension,
appréhendé les moments de doute et de méfiance et compris
derrière les moues et les grimaces quelles choses elles voulaient cacher.
Et Kyoshi avait beaucoup de choses à cacher...
Durant la nuit et la journée
qui avait suivi, elles s'étaient livrées l'une à l'autre
en des jeux beaucoup moins sages, et Loo avait enfin ressenti une impression qu'elle
avait oublié depuis longtemps; et un instant elle avait même cru
sentir l'odeur d'Inithil sur sa peau. Elle avait peut-être même dû
verser une larme à ce moment précis, mais les lèvres de son
amante descendant le long de ses cuisses l'avaient vite forcée à
ravaler sa nostalgie.
La suite avait tenu autant
du combat que de la partie fine: afin d'accroître peut-être le plaisir
qu'elles pouvaient ressentir ensemble, Kyoshi avait instinctivement (?) tenté
de pénetrer dans l'esprit de sa compagne. Ce moment avait été
assez gênant pour cette dernière, d'ailleurs, car des millénaires
de sommeil forcé avaient en quelque sorte "congelé" une
partie de son cerveau et elle avait encore aujourd'hui du mal à réveiller
tout cela. Cependant, elle avait réussi et n'avait manifestement livré
à l'Alphane que ce qu'elle voulait.
La scène n'avait
duré qu'un instant, mais Loo en avait cependant profité pour regarder
au fond de l'âme de Kyoshi. Profitant de l'instant où le bouclier
s'était imperceptiblement abaissé, elle avait projeté sa
conscience et avait perçu ce qu'elle voulait voir; et le résultat
ne lui avait pas plu.
Désormais, la jeune
fille dormait tout prêt d'elle, et serrait son oreiller comme elle avait
vu tant de jeunes filles le faire auprès d'elle dans le passé. Un
léger sourire éclairait son visage, et elle reposait dans une position
qui n'était pas sans rappeler celle d'un chat. En temps normal, Loo n'était
pas dupe, elle savait qu'à la moindre alerte Kyoshi se serait réveillée
et aurait été prête à se défendre. C'est pourquoi,
prétextant quelque nouveau massage relaxant, elle avait appliqué
sur elle les plus profondes techniques de relaxation qu'elle connaissait, de celles
qu'à l'époque on n'utilisait "que pour endormir profondément
un client avant de le plumer". Et désormais elle dormait comme une
bienheureuse, d'un sommeil qu'elle n'avait sûrement pas pu de permettre
depuis bien longtemps.
Et la regardant encore une
fois, Loo ne put qu'apprécier ce sourire si enfantin, presque angélique,
et elle voulut réellement la remercier de ce qu'elle avait fait pour elle...
... et refermant une fois
encore ses yeux, elle laissa son esprit plonger.
La lumière décrut.
Un instant, Loo-Luna crut qu'il ne s'était rien passé.
Kyoshi et elle étaient
toujours dans le grand lit de cet hôtel de Copacabana, enlacées.
Puis le décor commença à se dissoudre. Elle retrouva des
sensations qu'elles croyaient oubliées depuis des années. Une éternité
faite de glace et d'un sommeil sans rêves. Un instant -- fugace -- elle
tint Inithil dans ses bras; elle retrouva la chaleur et l'odeur de sa peau. Mais
elle disparut, elle aussi.
Loo-Luna faillit pleurer.
Elle regarda autour d'elle.
Il lui fallut quelques instants pour sortir de son introspection et repartir.
Elle ouvrit la porte et se retrouva dans la Ville.
Pour une Eylwen, être
brutalement transposée du confort d'une chambre d'hôtel aux rues
les plus délabrées de Los Angeles était un choc. Enfin, Loo-Luna
ne savait pas qu'il s'agissait de Los Angeles. Elle voyait plutôt dans ses
rues étroites aux hauts murs, sales et partiellement en ruine, une version
contemporaine des Légendes qu'on lui racontait étant enfant. Les
palais-nécropoles des Seigneurs Noirs, leurs repaires sous les montagnes,
loin de la lumière du soleil. Seulement -- elle le savait pour l'avoir
vu de ses yeux -- il n'y avait jamais eu de Seigneurs Noirs.
La combinaison des légendes
passées et de leur dénégation fit frissoner Loo-Luna, encore
plus peut-être que l'ambiance morbide des rues de la Ville.
Elle marchait sans voir
le paysage. Elle le ressentait. Et elle ressentit l'immense vague de désespoir.
Une jeune très fille aux cheveux curieusement colorés et à
la tenue pour le moins bigarrée se tenait quelques mètres devant
elle, presque une enfant.
Elle s'approcha, distingua
les deux yeux magenta et reconnut Kyoshi. Elle ne la voyait pas, mais pleurait
de rage et de tristesse, en regardant au loin une vague ombre que Loo-Luna peinait
à distinguer. En un instant, elle se redressa, hurla une imprécation
qui demeura incompréhensible à l'Eylwen. L'instant d'après,
sa haine déchira l'horizon.
Comme si l'enfant avait
réellement déchiré la trame de l'espace, elle et Loo se retrouvèrent
dans un jardin. Calme et ordonné. Il y avait là un autre enfant
humain, et un personnage plus grand, plus âgé. Le maître et
ses élèves. Mais aussi le père et ses enfants.
Loo ressentit tout ça,
à travers ses yeux et l'esprit de Kyoshi. Une partie d'elle-même
était mal à l'aise. Elle avait l'impression de ne pas être
à sa place, d'empiéter sur quelque chose de sacré.
Le malaise croissait au
fur et à mesure qu'un crépuscule glauque tombait sur le jardin.
Kyoshi paraissait troublée, elle aussi, et le jeune garçon semblait
s'évanouir doucement. Tel un fantôme. Ou un souvenir.
Il disparut tout à
fait, et le vieil homme -- il paraissaît d'un coup vieux et las -- se leva
et partit, laissant Kyoshi et Loo-Luna seules. La Terrienne se leva, semblant
humer l'air. Elle se tourna brutalement vers Loo-Luna et lui cria:
-- "Qui es-tu? Que
fais-tu là?"
Loo-Luna, surprise, ne sut
que répondre. Elle lut de la peur dans les yeux de Kyoshi, une peur qui
rapidement se mua en haine.
En un instant, elle était
sur elle, physiquement et psychiquement.
La réalité
eut comme un hoquet.
Kyoshi perçut l'Intrusion.
Elle lui parut vaguement familière, amicale. Elle pensa furtivement à
sa "soeur" Bastet. Mais l'Intrusion garda ses distances. Ce n'était
pas Bastet.
Sa réaction fut instinctive
et brutale. Elle attaqua et, à sa grande surprise, ne rencontra aucune
défense. Elle passa de l'autre côté du miroir.
C'était une grande
plaine. Ou plutôt un haut plateau, pris par les neiges hivernales. Plusieurs
milliers de personnes étaient alignées, engoncées dans des
fourrures, portant de maigres paquetages. Des réfugiés. Autour d'eux,
des soldats. Rien dans leurs tenues et leur équipement n'était familier.
Leurs armes semblaient grossières, leurs armures guère plus sophistiquées
que les cuirasses des temps anciens.
Et il y avait ce grand cercle.
Cent quarante-quatre pierres -- elle le sut sans les compter -- tournées
vers les étoiles. La neige tombait dru et pourtant la grande surface de
marbre tracée de figures d'argent était dégagée.
Elle assista un instant
à l'incroyable ballet des familles qui entraient dans le cercle et y disparaissaient.
Beam me up, Scotty... Enfoncé, l'Entreprise! D'autant plus, songea-t-elle,
que les gens alentours avaient plus d'affinités avec Monsieur Spock qu'avec
le technicien braillard. Mais bien vite, son attention se focalisa sur une autre
scène.
Loo-Luna était au
bord du cercle; elle semblait en transe. Derrière elle, une silhouette
massive, engoncée dans une fourrure d'ours blanc, la couvait du regard.
À sa droite, une jeune fille aux traits eyldarin et qui ressemblait étonnament
à Loo-Luna était elle aussi en transe, et à sa gauche, elle
vit un autre visage. Le sien.
Image fugace, mais bien
vite corrigée. L'Eylwen aurait rendu au moins une tête et demie à
Kyoshi, ce qui n'était pas si dur. Ses cheveux étaient blonds. Et,
somme toute, elle n'avait pas grand-chose de la morphologie d'une japonaise. Kyoshi
s'interrogea et la situation historique lui revint en tête comme un coup
de poing.
Mais la scène changea
et Kyoshi, fascinée, ne put rien faire d'autre que suivre, même si
toute sa psyché d'enfant des rues hurlait au guet-apens.
La nuit était tombée.
Les derniers soldats étaient eux aussi entrés dans le cercle, et
il ne restait que les quatre figures. Ils regardèrent longuement et tristement
autour d'eux, le paysage de glaces, puis entrèrent à leur tour.
Les ténèbres devinrent complètes.
Kyoshi revit brièvement
Loo-Luna et l'étrange jeune Eylwen. Elle l'avait quasiment tout de suite
cataloguée "étrange"; elle ne savait trop pourquoi. Elles
étaient enlacées en un moment de tendresse qui, pour être
bref, n'en sembla pas moins intense à l'Américaine.
Puis la nuit se referma
une fois de plus et Kyoshi tomba.
Loo-Luna avait laissé
Kyoshi entrer en elle. D'ailleurs, avait-elle eu le choix? L'Humaine était
très puissante, pous son jeune âge. Un peu comme Inithil...
À l'évocation
de ce nom, Loo-Luna flotta un instant dans l'univers, se laissant porter par les
courants.
Elle revint à elle.
Vit Kyoshi s'approcher dangereusement de ces zones de l'esprit où, selon
les anciens, l'âme réside. Elle jeta ses forces psychiques en avant,
comme une couverture, un filet ou les bras d'une amante. Un peu des trois, sans
doute.
Les mailles du filet se
refermèrent autour de Kyoshi. Au contact de sa peau, elles se transformèrent.
Devinrent une tenue invraisemblable, un harnachement de cuir et de métal,
rehaussé de pierreries, une tenue qui éveillait à la fois
chez l'Eylwen, habituée à des jeux plus doux, une pulsion d'horreur
et un fort sentiment érotique.
Loo-Luna recula.
De la tenue, plusieurs chaînes
se tendirent, d'abord dans le vide, puis pour rejoindre une autre jeune humaine,
vêtue d'une tenue identique. On aurait dit la soeur jumelle de Kyoshi.
Loo-Luna recula encore.
L'atmosphère était terriblement tendue. Malsaine, palpablement malsaine.
Tout retomba d'un coup.
Le choc propulsa Kyoshi
contre la paroi.
Des gens couraient dans
les coursives. Peur. Panique.
Le vaisseau venait d'être
heurté par un nuage de micro-météorites. C'était un
vaisseau spatial, mais cela, seule une intuition pouvait le dire à Kyoshi,
tant, le décor était éloigné de sa conception de vaisseau
spatial.
Elle vit la foule de gens
affolés se placer dans les grandes capsules de survie. Elle se prit à
les comparer à ces réfrigérateurs du vingtième siècle.
Elle déambulait comme une droguée au milieu des naufragés,
dans des couloirs éclairés que par des lampes portatives. Elle vit
l'humain à l'air royal -- là encore, plus une intuition qu'autre
chose -- aider Loo-Luna et les deux autres filles; elle capta au vol deux noms:
Inithil, Celebrin.
Et soudain, elle fut elle-même
dans un de ces caissons. La porte se referma, et avec elles vint la nuit et le
Sommeil.
Le soleil effleura le lit.
Il faisait jour, et frais.
Quarante étage plus
bas, le concerto pour klaxons et autoradios commençait avec la journée.
Loo-Luna de Lleniel Canadean
regarda Kyoshi Kerensky. Elle dormait comme une bienheureuse. Loo-Luna se sentait
triste, confuse, et un peu honteuse aussi. Comment avait-elle pu faire ça
à une amie?
Elle avait réagi
comme une gamine: elle avait cassé son jouet en voulant voir comment il
fonctionne. Non, la comparaison était idiote; Kyoshi n'était pas
un jouet. Mais le sentiment était là. Un profond dégoût
de soi-même. Elle ramassa ses affaires et s'en alla.
Ce que je sais désormais, je ne le comprend pas. Des tous mes voyages,
de toutes les visions et les rencontres que le destin a pu placer devant moi,
celui-ci est le plus étrange, le plus fou... et le plus inexplicable.
Que doit penser celui qui apprend un jour ce que furent les derniers instants
des Eyldar, quand Arda est devenue une boule de glace parcourue de tempêtes
de neige, il y a douze mille ans, avant de devenir la Terre. Ma Terre. Celle que
je connais, et, que je l'aime ou que je la déteste, celle qui est Mon Monde.
Mais ce que je sais, c'est la tristesse de ceux qui ont quittés leur
monde, et ont été se perdre tellement loin que des scientifiques
s'usent l'esprit à le chiffrer... Ce que je revois, c'est tous ces gens
-- hommes, femmes et enfants -- entrant dans un cercle de pierre dressé
pour les Arcanes, et peut-être même par eux, pour disparaitre dans
le néant, dans ce noir où mon esprit s'est arrété.
Et les derniers... amants, amis et famille de Loo-Luna de Lleniel Canadean, Reine
d'un royaume féerique qui se nommait Bellissandre, et dont je ne saurai
même pas dire si, quelque part, il en reste un rocher, une pierre... Une
trace.
Ce que je sais, c'est que ces derniers instants sont le desespoir de Loo-Luna,
sa dernière minute de vie, le dernier instant où elle pouvait encore
savoir pourquoi elle vivait, tandis que sa suite, ses amis, son peuple était
aspirée par un porte sur les étoile. Et cet amour immense pour cette
jeune fille qui me ressemble tant alors qu'elle n'est rien de moi, avant que,
la main dans la main, elles n'entrent dans la Nuit.
Et que tout s'arrète, pour une éternité de solitude.
Ce que je sais, c'est ce qu'il reste, maintenant. Dix mille ans de nuit,
de sommeil, avant d'ouvrir les yeux sur mon Monde, et de s'apercevoir qu'elle
n'existe nulle part, que son nom même est oublié, que ce en quoi
elle croyait n'existe plus. Et que la Terre est une boule de suif et de goudron,
patrie des hommes, poubelle qu'ils ont alimentée depuis le jour où
ils ont retrouvé le feu et le fer.
Ce que je suis à cette seconde où encore elle dort, une nuit
après ce "voyage", j'en ai honte. Parce que je porte tout ce
qui l'isole du présent.
Et savoir que malgré cela, elle arrive encore à vivre, et
continuer à croire qu'elle a une place dans notre réalité
à tous. Alors que la sienne a cessé il y a douze mille ans. Pourquoi
tout le monde a ainsi oublié, pourquoi les Eyldar ont ainsi renoncé
à leur passé?
Songer à mes préoccupations devient tellement futile alors...
... Loo, qu'est-ce qui peut bien rester de ton passé?... Qu'est-ce
qui peut bien avoir échappé à tant de millénaires,
tant de temps que je n'arrive même pas à le concevoir en terme de
vies.
Si j'avais un espoir, rien qu'un espoir de retrouver quelque chose, quelque
chose qui y a échappé.
Enfin, Loo Luna, malgré tout cela, je t'envie. Parce que tu aura
le temps de trouver réponse à toutes ces questions, toi. Moi, la
vieillesse viendra bien avant. Je t'envie, parce que jamais je ne pourrai imaginer
pouvoir aimer quelqu'un, et savoir que cet amour peut être immortel. Je
t'envie parce que moi, je mourrai.
Et, bien sûr... je te perdrais...
Le hall central du starport
l'écrasa encore plus par son monumentalisme. Elle avait bu et mangé
quelque chose qui ne lui avait laissé aucun souvenir. Elle se sentait la
tête vide et le corps lourd.
Un haut parleur annonça
l'embarquement imminent du vol pour Alenia, avec correspondances pour toute la
République Eyldarin. Elle se leva, ramassa la besace qui contenait ses
maigres affaires et se résigna à avancer.
-- "Alors, on part
sans dire au revoir?"
Loo-Luna se retourna.
Derrière les lunettes
de soleil et le large sourire, il y avait Kyoshi. Elle s'avanca vers l'Eylwen,
qui au même moment se sentait comme paralysée par la surprise et
la honte. La jeune terrienne dut se dresser sur la pointe de ses escarpins pour
laisser ses lèvres effleurer les siennes.
-- "Kyoshi, je... excuse-moi,
mais...", bafouilla Loo-Luna.
-- "De quoi donc? D'être
curieuse?..."
Loo-Luna hocha la tête,
avala sa salive. Kyoshi se rapprocha encore. Elle se fit moqueuse: "Tu crois
que je ne t'avais pas vu venir avec tes feintes à deux cruzados?"
Puis, plus tendre: "Si je ne l'avais pas voulu, tu ne serais allée
nulle part."
Il y avait une lueur dans
les yeux de Kyoshi, par-dessus les verres fumés, qui soutint le regard
de Loo. L'Eylwen avala sa salive et se sentiment curieusement rasserenée
par le défi implicite.
-- "Tu... ne m'en veux
pas..."
Kyoshi fit une vague moue.
"Si, un peu. Pour la méthode... Cela dit, si tu m'avais demandé
gentiment, j'aurais probablement dit non. Oh, et puis maintenant, c'est moi qui
me pose des questions... Sur toi."
En fait, Loo-Luna s'en posait
toujours sur Kyoshi: son escapade mentale avait ouvert quelques portes, mais beaucoup
donnaient sur d'autres portes. D'un autre côté, elle n'était
pas prête à recommencer...
-- "On se reverra bientôt
pour en rediscuter, tu veux bien?"
-- "Hmm... Bientôt
terrien ou bientôt eyldarin?..."
L'Eylwen éclata de
rire. "Bientôt terrien, bien sûr."
Elle embrassa longuement
son amie. Suffisament longuement pour que le haut parleur annonce le dernier appel
pour l'embarquement...
-- "À bientôt,
Loo-Luna. Prend soin de toi."
-- "Tu restes dans
mon coeur, Kyoshi. Que la Déesse te garde!"
La déesse? Kyoshi
se demanda bien de quoi elle voulait parler.
Allongée sur le vaste
lit de sa cabine, Loo-Luna écoutait sans les entendre les consignes de
l'équipage. Son esprit était ailleurs. Près d'une jeune Humaine
-- ou Alphanne, comme elle se caractérisait. Dont l'esprit était
principalement l'aboutissement de quelques dizaines de lieni d'une culture qui
lui était plus étrangère encore que la nouvelle culture eyldarin.
Un dirigeant eyldarin avait
dit: "Les Humains ne changeront jamais: ils changent tout le temps."
(NdT: ça perd beaucoup à la traduction...). Loo-Luna sourit à
la boutade.
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