Du côté de la Frontière...
Dans un monde où le terme "Frontière" est synonyme
de "bordel noir", on peut se demander ce qui a bien pu pousser les Altoterriens
à venir y envahir quelques planètes. Probablement trois raisons:
d'une part pour agrandir son empire; c'est la raison facile... Ensuite parce que
ce sont les mondes qui présentent un des meilleurs potentiels, entre haut
niveau technologique et faible niveau de défense. Enfin, pour montrer au
reste de la Sphère que la "mission civilisatrice" altoterrienne
peut faire quelque chose de décent de la planète la plus désespérante
de la galaxie...
En fait, la stratégie aurait pu très bien fonctionner, jusqu'à
l'invasion de Trian, troisième planète en importance économique
au sein de la Fédération des États de la Frontière.
Les Altoterriens ont quelque peu sous-estimé le sentiment national prévalant
au sein de toutes les planètes de la FEF, une sorte de "confrérie
des mendiants", selon un terme des médias de l'époque.
La mobilisation frontalière s'est faite dans la panique et l'anarchie
-- comme d'habitude. La Frontière avait une force armée unifiée,
les Brigades, mais celles-ci n'avaient plus vraiment servi depuis la fin de l'Arlauriëntur.
Assez rapidement, lesdites Brigades ayant de plus en plus de mal à garder
une cohésion digne de ce nom, la FEF appelle à la rescousse la compagnie
pirate la Dame de Fer pour assurer le rôle d'armée. À la surprise
générale, la Dame de Fer accepte le contrat, toute contente de pouvoir
massacrer du Altoterrien en toute impunité. L'Illustre Compagnie sera bientôt
rejointe dans sa tâche ingrate par les Tigres Volants et les Gods of
War, légitimant ainsi la réputation de la Frontière comme
nid de pas-fréquentables.
Après quelques interventions musclées de la Dame de Fer, puis
des Tigres Volants et des Gods of War, la poussée altoterrienne en
FEF est stabilisée et le conflit s'enlise gentiment dans une guerre de
position molassonne.
2207 (6-98-88): La Fédération des Hautes-Terres, toujours
à la pointe quand il s'agit d'emmerder le monde, attaque une planète
sur la frange de la FEF. Celle-ci succombe assez rapidement.
2209 (6-98-90): Comme la poussée altoterrienne en FEF se fait plus
forte, plusieurs ceintures d'astéroïdes, colonies minières
privées et autres planètes d'importance ridicule tombent aux mains
des Altoterriens. Moins ridicule, Trian est envahie à son tour, par
les troupes altoterriennes, ce qui déclanche un réveil général
et une mobilisation tout aussi générale.
2219 (6-98-100): Reconnaissance par le CEPMES du droit à l'existence
de la Nation Rowaan, désormais représentée au sein du CEPMES
par le Rowaan PowerForce. Grosse crise de nerfs de la Fédération
des Hautes-Terres, qui part bouder dans son coin pendant quelques années.
Les Guerres Corporatives
On peut se douter que l'idée de voir un des États les plus foutoiresques
de la Sphère s'allier avec des pirates, des mercenaires et d'autres joyeux
allumés amateurs de musique de sauvages, de bricolages suspects et d'armes
lourdes n'a pas exactement soulevé l'enthousiasme, notamment au CEPMES.
Mais il faut croire qu'il y a -- comme souvent -- deux poids et deux mesures:
ce qui est vrai pour la Sphère ne l'est pas forcément pour la Frontière.
Et réciproquement.
Les noirs soupçons nourris par la communauté internationale sont
confirmés en 2228, par le journal israëlien World Finances.
Une enquête révèle à la communauté économique
ébahie que des accords secrets ont été passés entre
les pirates de la Dame de Fer et la GIC. Ces accords permettent à la GIC
de faire transiter ses vaisseaux de commerce par la FEF sans craindre d'actions
de la part de la Dame de Fer; de plus celle-ci semblerait agir comme escorte.
Ce genre de découverte annonce des années noires en FEF, où
les petites escarmouches entre compagnies de transport ont toujours fait la joie
des journalistes responsables des chroniques "Faits Divers". Seulement
vers 2235, la Terran Transportation Trust, firme de capital altoterrien
et basée à Singapore, se lance dans "l'OPA physique" en
tentant de prendre le contrôle par la force de plusieurs comptoirs de la
Frontière. Celles-ci ne sont évidemment pas d'accord, le font savoir,
ce qui ne manque pas de dégénérer.
Au fil des ans, la Guilde Intergalactique du Commerce, la Dame de Fer et les
Guildes Marchandes Siyansk entrent dans la danse pour le monopole du transport
dans la Frontière. Conséquence: la plupart des Starports de la Frontière
se transforment en forteresses, autour desquelles de véritables batailles
rangées se déroulent pour l'acquisition de tel ou tel contrat.
Autre conséquence, déjà moins drôle: la population
civile de la Frontière souffre méchamment de ces mesquineries intercorporatives.
Plusieurs planètes deviennent paranoïaques, se mettant à tirer
sur tous les vaisseaux de transports et à tourner en autarcie. D'autres
en appellent à la Dame de Fer, et surtout aux Tigres Volants, pour assurer
leur ravitaillement. Le CEPMES s'inquiète très fort, menace d'envoyer
la Force d'interposition, puis, vu le bordel général, le vide juridique
à ce sujet et le manque de chaleur des états membres, se contente
de refiler le bébé à la Croix-Rouge Internationale. Celle-ci
sous-traite le transport aux Tigres Volants, après un appel d'offre qui
restera dans les mémoires sous le nom de "Nuit de la Saint-Valentin".
Au plus fort de ces Guerres corporatives, la Fédération des Hautes-Terres
tente un coup de poker et profite du chaos pour attaquer Presidium, capitale
de la Fédération des Etats de la Frontière. La Coalition
mercenaire (à part les Tigres Volants, occupés ailleurs) manifeste
sa désapprobation en envoyant le plus clair (ou le plus obscur, c'est selon)
de ses forces sur Presidium. Le CEPMES n'apprend l'affaire que six mois plus tard,
par les journaux.
La situation alarme quelque peu le CEPMES, qui demande aux belligérants
une trève de six mois pour permettre l'évacuation des civils de
Presidium. C'est une assez bonne idée: pour empêcher un embourbement
de la situation au bénéfice de la Fédération des Hautes-Terres,
la Dame de Fer obtient carte blanche pour résoudre le problème.
Et dans ce cas, "carte blanche signifie qu'on éloigne un peu tout
le monde, on fait les sommations d'usage et, quelques mégatonnes plus tard,
il n'y a plus de problème. Plus de Presidium non plus, d'ailleurs...
mais ça, c'est une autre histoire.
Autant dire qu'un tel acte de guerre est extrêmement mal vu dans la Sphère:
l'usage d'armes thermonucléaires est en théorie réservée
aux vaisseaux spatiaux et il est considéré comme de très
mauvais goût d'en faire usage en atmosphère planétaire. La
destruction de Presidium apparaît comme le traumatisme majeur des
Guerres corporatives, qui iront en s'essouflant sur les douze années suivantes.
Une fois de plus, l'économie de la FEF, déjà pas brillante
au départ, a été réduite à pas grand-chose,
voire même moins.
Sur les seize corporations engagées dans les combats au plus fort de
la bagarre, seules sept sont présentes à la fin de la guerre. Le
grand gagnant de la guerre est sans nul doute la GIC, suivi de près par
les Tigres Volants et leurs infâmes magouilles, puis la TTT. Ce tiercé
rapporte gros dans n'importe quel ordre!
2243 (6-98-124): La Fédération des Hautes-Terres lance
un assaut en règle contre Presidium, capitale de la Fédération
des États de la Frontière. Intervention de la Coalition mercenaire.
2244 (6-98-125): Le débarquement de la Dame de Fer (surtout vu
les échos des bastons pas piquées des vers) alarme quelque peu le
CEPMES, qui demande aux belligérants une trève de six mois pour
permettre l'évacuation des civils de Presidium.
2245 (6-98-126): Nuclear Winter, une des divisions de choc de
la Dame de Fer, lance une attaque thermonucléaire de grande envergure sur
Presidium. Les survivants refluent en désordre et la planète
est définitivement mise sous quarantaine.
2257 (6-98-138): Signature, le 13 Novembre à Fantir, du
traité de paix commerciale, scellant la fin des Guerres corporatives.
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