Les Terriens
mardi 12 septembre 2000
La plupart des cultures de la Sphère sont somme toute d'origine terrienne:
les Eyldar et les Atlani, par exemple, sont eux aussi originaires de ce qui était
autrefois Erdorin, et que l'on nomme maintenant "Terre", "Sol III" ou "là
où il y a les cinglés". Dans le cas présent, on ne s'intéressera
qu'aux cultures terriennes apparues après le départ desdits Eyldar
et Atlani. Ce qui fait quand même quinze petits millénaires, à
vue de nez.
Ces Terriens ont montré une énergie peu commune à résister
à tout: guerres plus ou moins nucléaires, massacres et chicaneries
multiples; quinze siècles plus tard, ils sont toujours là. Non seulement
ça, mais ils ont aussi une pénible tendance à avoir l'instinct
territorial envahissant.
Soyons clair: pour le reste de la Sphère, les Terriens sont une énigme:
divisés en nations, ethnies, blocs politiques voire, dans les cas les plus
graves, clans antagonistes, ils parviennent néanmoins à se supporter
suffisamment longtemps pour former une des civilisations dominantes. Qui plus
est, alors qu'ils font parfois montre d'un conservatisme et d'une force d'inertie
quasi-minérale, ils peuvent s'adapter à tout et n'importe quoi.
Avec, bien entendu, tendance à pencher du côté du n'importe
quoi... Même si les cultures terriennes sont diverses, les non-Terriens
ont tendance à les regarder comme un tout, ce qui n'est pas forcément
malin, mais bon.
Sans compter les Highlanders, ni les divers types de mutants (id est, les Alphans
et les Rowaans, sur lesquels on reviendra plus tard), on compte à l'heure
actuelle à peu près 30 milliards de Terriens et assimilés,
répartis un peu partout dans la Sphère. Il y a les Terriens de la
métropole (ceux qui vivent sur Terre ou dans sa proche banlieue) et les
Terriens des colonies (qui ont souvent un mode de vie plus simple, assez proche
d'un esprit pionnier).
Il y a aussi des Terriens en République Eyldarin: les descendants et familles
des personnes enlevées par les Eyldar au cours des siècles; ceux-ci
forment une culture à part, baptisée Eyldardani (q.v.). Il
y a même un groupe de Terriens de la Frontière, qui y ont émigré
dans des circonstances d'autant moins claires que la technologie de l'époque
(grosso-modo, fin du 18e siècle) ne permettait même pas de construire
une Trabant. Et ce, sans compter les expatriés.
Les cultures terriennes
Contrairement à ce qu'ont pu asséner des générations
de pseudo-scientifiques, que même moi j'aurais honte de sortie des théories
pareilles, la génétique ne fait pas la culture. Surtout en ce qui
concerne le maïs, mais passons... Comme vous vous en êtes probablement
aperçus tous seuls, il n'existe pas de culture terrienne uniforme. Déjà
qu'on va devoir généraliser en trois ou quatre cultures bien larges,
si on doit se plonger dans le détail, on va se noyer.
Les Américains
Vers la fin du 20e siècle, les Américains se croyaient les Maîtres
du Monde; quelques années plus tard, il se crurent seuls au monde, pendant
environ un siècle. Il en découle de ces circonstances historiques
particulières que les Américains ont développé une
culture très différente du reste du monde.
Il y a l'impression confuse que l'Amérique Éternelle est toujours
une superpuissance; seulement, après quelques sécessions, le Rêve
Américain ressemble à une pissotière mal repeinte. Les années
d'isolation entraînent un certain conservatisme et des relations quelque
peu conflictuelles avec le reste de la Sphère. Alors on cherche des raisons,
raisons qui souvent prennent le chemin de légendes urbaines: les Conspirations.
Pour ne rien arranger, c'est une nation où la violence est omniprésente
et culturellement assimilée: on va au boulot dans une voiture blindée
et, le jour de ses quinze ans, on reçoit sa première arme automatique.
Ceci expliquant peut-être cela, c'est aussi une nation où le réel
pouvoir est plus souvent détenu, soit par des mégacorporations,
soit par des entités étatiques de très petite taille (voire
par des groupes criminels, mais la différence n'est pas toujours frappante...).
Les Européens
L'Europe est un patchwork, un gros. D'une part, il y a l'Europe métropolitaine,
qui inclut des cultures aussi diverses que l'Angleterre communiste, les Satanistes
parisiens, les Soviets, les Allemands et les Méditerranéens. D'autre
part, il y a les colonies d'outre-Sol, qui ressemblent à un croisement
sauvage entre l'Amérique des pionniers et la campagne française
(genre "France Profonde").
L'Europe est très fière de son côté "centre culturel
du monde", beaucoup moins de son look "ruine majeure", dû aux guerres mondiales
passées (mais pas encore tout à fait réparées). Qui
plus est, l'Européen moyen cultive l'art paradoxal du compromis et de la
neutralité, à côté d'un fond de commerce nationaliste.
On est souvent de son canton avant d'être européen, voire même
de telle ou telle province. Mais on reste européen.
La Fédération des Hautes-Terres
Le terme "culture highlander" fait rigoler beaucoup de monde de par la Sphère.
Non sans raisons: la Fédération des Hautes-Terres ne s'est créée
qu'il y a deux siècles et demie et a joué très fort dans
le registre "du passé faisons table rase". Beaucoup de langues natives
ont été, sinon interdites, du moins officiellement abandonnées
au profit de quelques grandes langues communes, les religions ont été
systématiquement poussées hors de la sphère publique...
Peu de culture, donc. Mais beaucoup de slogans. La culture highlander insiste
sur des concepts tels que: la famille et la pureté génétique,
le respect de la société et le sacrifice de soi pour le bien commun,
la grandeur de la race humaine (sous-entendu: highlander), l'héroïsme
et la grandeur militaire, etc. Mais avec des majuscules, dont je vous fais grâce.
Le concept de "citoyenneté" regroupe tous ces slogans: tout résidant
de la Fédérations des Hautes-Terres aspire à devenir un citoyen
modèle. Cette citoyenneté est vécue comme une doctrine politique
et une religion.
Bien évidemment, un tel modèle ne plaît pas à tout
le mode: il y a des dissidents, qui refusent tout ou partie de cette civilisation.
Certains quittent le pays; la position officielle de la Fédération
des Hautes-Terres sur ces exilés est "bon débarras!"...
Les Soviets
Présente dans l'est européen, l'ouest nord-américain et
un peu aussi en Fédération des Hautes-Terres, la culture soviétique
est un reliquat du vingtième siècle adapté tant bien que
mal à la civilisation interplanétaire. Un peu à sa propre
image, d'ailleurs.
Les Soviets mêlent avec plus ou moins de bonheur les restes de l'utopie
lénino-marxiste, le collectivisme à la mode URSS et son folklore
militaro-productiviste, la tendance à la débrouille, aux bricolages
suspects et aux budgets de bouts de ficelle. Se rajoutent à cela leur tendance
à résister à presque tout, une adoption très particulière
des lois du capitalisme et le côté désespéré
(et désespérant) de l'âme slave.
Même s'il existe quelques notables différences, les Eurosoviets et
les Sovies américains partagent ces particularismes et forment une
culture relativement à part.
Copacabana
Chiure de mouche sur la carte de la Terre, atome nain d'hydrogène anémique
sur celle de la Sphère, Copacabana a néanmoins un impact significatif
sur la vie culturelle de la Sphère. Principalement parce que c'est une
des rares cités terriennes où on trouve à peu près
tous les peuples de la Sphère, et que ce petit monde parvient à
vivre ensemble et en bonne intelligence.
Le Copacajun est du genre cool, limite nonchalant. Il accepte en général
tout et n'importe quoi comme étant normal, genre, "j'en ai vu d'autres".
Et c'est vrai qu'il aura probablement déjà vu bon nombre d'extra-terrestres,
constaté de visu la réalité des pouvoirs extra-sensoriels,
sans même parler d'expériences métaphysiques majeures, tel
un match de futebol dans le stade de Maracaña...
Les autres cultures terriennes
Officiellement, en dehors de l'Europe et les USA, la Fédération
des Hautes-Terres regroupe d'une couverture culturelle uniforme les trois autres
continents. Dans la pratique, il y a de sérieux restes. Notamment au Moyen-Orient,
qui manifeste une forte culture inspirée de l'Islam impérial: la
culture musulmanne a dominé une grande partie de la planète pendant
plus d'un demi-siècle.
L'Asie, ayant subi le plus gros de la Troisième guerre mondiale, est
un foutoir modérément joyeux. Les populations sont éparpillées
sur le continent, de façon bien plus lâche qu'elle ne l'étaient
avant le 21e sièce; à peu près toutes les cultures locales
se sont mélangées entre elles et avec des influences étrangères.
Cela arrangerait bien les affaires des Highlanders si cette culture, mélangeant
confucianisme, maoïsme et kitsch, n'avait pas tendance à leur faire
concurrence.
L'Amérique du Sud est aussi un coin à problèmes pour la culture
highlander. En apparence, c'est une nation calme, mais seules les côtes
urbanisées sont à peu près sous contrôle, des espaces
entiers de l'intérieur des terres maintiennent une autonomie de fait. Les
peuples indigènes, traditionnellement ancrés dans des coins inaccessibles,
forment le plus gros de cette contre-culture.
Même chose en Afrique, en pire. Là encore, la forte culture héritée
de la République Panafricaine (elle-même descendante des cultures
africaines post-coloniales et traditionnelles) donne beaucoup de fil à
retordre au gouvernement. Plus encore que les régions d'obédience
soviétique, l'Afrique est le royaume du système D, du clientélisme
familial et des traditions ancestrales.
Enfin, Israël est un cas spécial. Les trois religions qui composent
Israël à parts quasi-égales ont arrêté voilà
plus de deux siècles à se taper dessus. Il était temps. Depuis,
la culture israélienne reste hétérogène et paranoïaque.
Mais cette crainte est plutôt tournée vers les deux puissants voisins
du petit État. D'où une neutralité défensive.
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